Son histoire

Corbières

 

Villarvolard

Deux mots latins peuvent exliquer l'origine du nom de Corbières, qui dérive soit de curvu, signifiant courbe et se référant au méandre que fait la Sarine à cet endroit, soit de corvus, signifiant corbeau et rappelant les armoiries du lieu.1


A l'origine, Corbières est tant le nom d'une famille que celui du village et de la seigneurie que possède cette dynastie, dont le plus ancien représentant connu, Guillaume, donne une terre au monastère de Rougemont en 1115.2


Le château et la cité de Guillaume s'élevaient au nord de l'église, au lieu-dit la Montagnettaz, mais il n'en reste aujourd'hui aucun vestige. Ce premier emplacement fut peu à peu abandonné, au profit de la nouvelle ville et du nouveau château construits au début du XIVème siècle: seul le château, remanié en 1560, existe encore. Ville prospère, Corbières amorce un inexorable déclin dès le milieu du XIVème siècle: la grande peste de 1348, la guerre d'Everdes de 1349, et la trop forte densité de cités concurrentes dans la région se conjuguent pour mettre fin à son expansion.3


Après la domination successive des Corbières, des Savoie et des Gruyère, la seigneurie de Corbières est achetée par la ville de Fribourg en 1554. Le village de Corbières est le siège du baillage éponyme jusqu'en 1798. Il passe ensuite brièvement dans la souspréfecture de La Roche (1798-1803), puis redevient le centre d'une préfecture (1803-1848), avant d'être englobé dans celle de la Gruyère (1848 - ....).


Sur le plan religieux, Corbières fait partie de la paroisse d'Hauteville jusqu'au début du XVIIème siècle. C'est de cette époque que date l'église actuelle, dédiée à la Vierge, et vraisemblablement bâtie sur l'emplacement de la chapelle qui jusqu'alors desservait la localité.


Corbières est un lieu de passage important sur la Sarine. Du moyen-âge au 19ème siècle, si plusieurs ponts sont construits, résistant plus ou moins longtemps au tumulte des flots, c'est surtout au moyen d'un bac qu'on traverse la rivière. Depuis 1837, un pont suspendu enjambe le précipice; il fait place en 1931 à l'actuel ouvrage en béton. Corbières connaît un petit essor industriel au XXème siècle. Des carrières de grés sont exploitées sur la colline d'Everdes -territoires d'Echarlens, Vuippens et Corbières; elles entraînent à leur suite la fondation d'une usine de pierre artificielle toujours en activité. L'Abondance de terre glaise permet aussi l'ouverture d'une tuilerie, de 1932 à 1976.4


Pour connaître en détail l'histoire de Corbières, le livre de référence est celui de l'abbé et historien Nicolas Peissard, Histoire de la seigneurie et du baillage de Corbières, in: "Archives de la Société d'histoire du canton de Fribourg", Fribourg, 1911, tome XI, pp.327-587.

 

Le nom de Villarvolard signifie le "village de Walhard" selon Henri Jaccard.1


La plus ancienne trace écrite de cette localité remonte à 1179; une chapelle y est alors mentionnée.2


Villarvolard relève à cette époque administrativement de la seigneurie de Corbières, et spirituellement du couvent d'Humilimont à Marsens. Elle est érigée en paroisse, dédiée à St-Sulpice, avant 1228; Jean de Grenillies, cité en 1276, en est le plus ancien prêtre connu.3


En 1512/1513, le pape Jules II attribue cette paroisse au nouveau chapitre St-Nicolas à Fribourg, qui cependant ne peut y exercer ses prérogatives qu'à partir de 1580, année de la suppression d'Humilimont. En 1554, comme tout le reste de la seigneurie, Villarvolard passe sous la domination de Fribourg, et fait désormais partie du baillage de Corbières. Depuis la fin de l'Ancien Régime, Villarvolard est englobé successivement dans les préfectures de La Roche (1798-1803), de Corbières (1803-1848) et de la Gruyère (1848-....). Religieusement, le Chapitre St-Nicolas renonce à ses droits en 1925, et c'est dès lors l'évêque qui nomme les desservants de Villarvolard. Villarvolard compte deux constructions particulièrement emblématiques: l'église et la fontaine. Une première église est vraisemblablement édifiée entre 1179 et 1228. Elle se trouve dans un état de délabrement avancé en 1453, lorsque des représentants de l'évêque le Lausanne la visitent. Elle est reconstruite au milieu du XVIIIème siècle, consacrée en 1760.4


Un nouveau clocher s'y dresse depuis la fin du XIXème siécle.5


La magnifique fontaine couverte est érigée en 1828, grâce aux dons de Jacques Repond (1760-1830), dit le Russe, homme richissime qui fut consul de France à St-Petersbourg.6 Le bassin lui-même porte la date de 1891.


Villarvolard est surtout célèbre pour être le village de Catherine Repond (1663-1731), mieux connue sous le surnom de Catillon. Arrêtée en 1731 sous l'inculpation de sorcellerie, elle est emprisonnée au château de Corbières puis dans la Mauvaise Tour à Fribourg. Les témoignages recueillis contre elle la dépeignent comme une femme marginale, à la langue bien pendue, voire acariâtre et méchante, battant la compagne avec sa soeur Marguerite, vivant de mendicité et de petits travaux. Pour échapper aux tortures qu'on lui inflige, elle ne peut faire autrement qu'avouer être une sorcière. Fort de ces aveux, le tribunal la condamne à mort; elle est la dernière Fribourgeoise exécutée pour crime de sorcellerie.7

     
1 Paul Aebischer, Les noms de lieux du canton de Fribbourg, in: "Archives de la Société d'histoire du canton de Fribourg", Fribourg, 1976, tome XXII, p.102.
2 Jean-Joseph Hisely, Monuments de l'hisoire du comté de Gruyère, in: "Memoires et documents publiés par la Société d'histoire de la Suisse romand", Lausanne, 1867, série I, tome XXII, pp.8-11.
3 Roland Flückiger, Mittelalterliche Gründungsstädte zwischen Freiburg und Greyerz als Beispiel einer überfüllten Städtelandschaft im Hochmittelalter, in: "Freiburger Geschichtsblätter", 1983-1984, tome 63, pp. 71-96
4 Patricde Borcard, Corbières, in: "Dictionnaire historique de la Suisse", Hauterive, 2004, tome III, p.572
  1 Henri Jaccard, Essai de toponymie. Origine des noms de lieux habités et des lieux dits de la Suisse romande, in: "Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire de la Suisse romande", Lausanne, 1906, série II, tome VII, p. 513.
2 Joseph Jordan, L'abbaye prémontrée d'Humilimont, in: "Archives de la Société d'histoire au canton de Fribourg", Fribourg, 1926, tome XII, pp. 508-509.
3 Apollinaire Dellion: "Dictionnaire historique et statistique des paroisses catholiques du conaton de Fribourg", Fribourg, 1902, volume XII, p. 115.
4 Lbid., pp. 108-109
5 Clément Fontaine, Villarvolard, in: "Le vieux Chalet", Bulle, 1955, p. 7.
6 Ibid., p. 10.
7 Nicolas Morard, Le procées de la sorcière Catherine Repond dite Catillon: superstition ou rime judiciaire?, in: "Annales fribourgeoises", Fribourg, 1970, tome L, pp. 13-80. Une version romancée a été publiée par Josiane Ferrari-Clément: "Catillon et les écus du diable", éd. La Sarine, Fribourg, 2008